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Lait premier et deuxième âge : quel lait maternisé choisir pour votre bébé ?

Posté le 1 Sep, 2017 dans Articles Santé | 0 commentaires

Lait premier et deuxième âge : quel lait maternisé choisir pour votre bébé ?

Nous avons évoqué au cours d’un précédent article les nombreux intérêts de l’allaitement et les possibles raisons pouvant justifier le recours à un lait maternisé de substitution. Une fois cette décision prise, commence alors un long dilemme… lequel choisir ? Lait bébé pour nourrissons ou 1er âge, lait de suite, lait HA, lait végétal, lait anti-régurgitations, il en a pour tous les goûts… ou plus exactement pour toutes les situations.

Qu’est-ce qu’un lait maternisé ?

Également connu sous le terme de lait infantile ou de substitut au lait maternel, le lait maternisé est un lait artificiel conçu pour remplacer (autant que faire se peut) le lait maternel. Il est né en 1865, son papa est le chimiste allemand Justus Von Liebig et sera commercialisé par un certain Henri Nestlé en 1867.

Aujourd’hui, les laits infantiles représentent un marché de 524 millions d’euro, soit plus de 83 000 tonnes consommées chaque année. 30,9% des mamans choisissent en effet le lait maternisé dès la naissance pour leur bébé, et plus de 45% au bout d’un mois.

Les laits les plus consommés sont issus des marques Physiolac, Picot, Milumel, Modilac, Novalac, Gallia, Guigoz ou encore Nidal.

Les laits de transition, 1er âge, 2ème âge et de croissance

Aujourd’hui étroitement encadré par la réglementation (Directive 2006/141/CEE), le lait 1er âge est un aliment diététique destiné aux nourrissons de 0 à 4-6 mois, officiellement appelé « préparations ou laits pour nourrissons».

Le lait 2ème âge accompagne quant à lui Bébé depuis l’âge de 4-6 mois jusqu’à 12-18 mois, il est appelé « préparations ou laits de suite ».

Les laits de transition sont des laits dédiés, comme leur nom l’indique, à favoriser le basculement du lait maternel vers un lait artificiel. Enfin, les laits de croissance représentent le dernier né de la famille.

Quel lait maternisé choisir ?

Une fois cette distinction établie, rien n’est joué. C’est au contraire maintenant que les choses se compliquent…

Rappelons en préambule que, quel que soit le lait maternisé sur lequel s’arrête votre choix, il est indispensable d’avoir recours à ces laits spécifiques dont la composition est strictement encadrée. En effet, il ne s’agit nullement de laits animaux standards et encore moins de succédanés de lait végétal dont la consommation exposerait votre enfant à des risques de santé majeurs. L’actualité relaie régulièrement des faits-divers dramatiques suite au remplacement de laits maternisés par des laits standards, végétaux en particulier.

Pour s’y retrouver parmi le florilège de marques et de critères possibles, j’ai priorisé les choix selon les critères suivants :

  • La nature des protéines : il s’agit du principal critère compte tenu de ses conséquences sur les risques allergiques et d’intolérance digestive de Bébé.
  • La présence de DHA : nous avons eu l’occasion de le développer dans l’article sur l’allaitement, il s’agit d’un critère important pour le développement cognitif et physique de Bébé.
  • La présence de prébiotiques : au même titre que pour le DHA, les prébiotiques et en particulier les galacto-oligo-saccharides (GOS) participent pleinement au développement de la santé de Bébé.

 

En synthèse sur les critères de choix des laits pour nourrissons développés à la suite de cet article, voici l’essentiel à retenir :

1) 1er critère, la nature des protéines :

  • Préparation végétale à base de protéines de riz pour éviter le lait de vache (Modilac Expert Riz, également disponible en version HA, est le seul proposé) et en l’absence d’allergie au riz.
  • Si vous souhaitez limiter le risque d’intolérances ou d’allergies au lait de vache compte tenu de l’immaturité immunitaire et digestive de Bébé, ce que je conseille : laits HPLV (intolérances aux protéines de lait de vache, sur prescription) si le goût est accepté et en cas d’allergie ou d’intolérance franche, à défaut un lait HA. Ces laits demeurent soumis à un avis médical.
  • Les laits dont la teneur en protéines n’a pas été modifiée (les laits « classiques) présentent une teneur trop importante en caséine et ne sont donc pas conseillés en première intention. Les laits AR encore moins.

2) Second critère, la qualité des graisses : privilégier les laits les plus riches en DHA. En cas de choix de laits HPLV (ou de certains laits HA), ces derniers sont par ailleurs constitués de lipides plus digestes (les TCM ou triglycérides à chaîne moyenne).

3) Présence de prébiotiques et probiotiques : la présence de prébiotiques, surtout de GOS, représente un avantage certain pour le choix du lait. Concernant les probiotiques, les quantités et la viabilité des bactéries sont insuffisantes, justifiant le recours à une complémentation spécifique pour Bébé (moins de 3 milliards par prise) et à acheter en pharmacie, en particulier en cas d’allergie ou de terrain familial, d’intolérances, troubles digestifs, eczéma ou troubles immunitaires. La présence de probiotiques représentera dans tous les cas davantage un élément positif que défavorable, préférer alors les laits à la mention « probiotiques » que « ferments », davantage utilisés pour faciliter la digestion du lactose.

4) Troisième critère, la nature des glucides : privilégier les laits à base de lactose (le sucre naturel du lait maternel). Les lait IPLV sont en général dénués de ce sucre pour améliorer le confort digestif, de même pour certains laits HA. Les laits confort ou AR à base de dextrine-maltose ou enrichis en amidon sont proposés pour favoriser la satiété et limiter les régurgitations. Pour autant, il s’agit de sucres à index glycémique élevé, à limiter dans la mesure du possible.

5) Apports en vitamines et minéraux : la plupart des laits maternisés proposent une composition similaire et conforme à la réglementation. Favoriser la forme de bisglycinate de Fer quand elle est disponible.

6) Le fait d’acheter le produit en pharmacie n’est en rien un gage de meilleure qualité… qui se situe avant tout dans la pertinence du conseil de votre pédiatre, médecin ou pharmacien, quand ils se sont intéressés de près au sujet.

7) Le recours à un lait d’origine biologique est conseillé, pour une question de bon-sens indépendamment de tout aspect nutritionnel. Comme pour les parents ! La problématique réside aujourd’hui dans l’éventail des choix, parfois encore trop restreint. Un lait d’origine biologique présente l’avantage d’être issus d’animaux nourris à l’herbe, sans hormones, OGM, pesticides ni antibiotiques. Notons toutefois que le lait bio ne constitue que 80% du produit fini, le reste étant constitué des huiles végétales sur lesquelles ne portent aucune obligation. Côté emballage, les produits bio sont garantis sans aluminium (ajouté), en particulier issu de l’emballage. Les boîtes utilisées sont en fer et le lait est protégé par une membrane sans bisphénol A ni phtalates. Il est bien dommage que l’offre de laits d’origine biologique ne soit pas encore suffisamment étoffée pour proposer des laits HA notamment, ce qui en ferait à mon sens une catégorie à privilégier fortement.

8) Dernier critère (qui devient le premier…) : tout ceci étant bien sûr conditionné au fait que… Bébé accepte de boire le lait que vous avez soigneusement sélectionné .

Beaucoup de parents se demandent s’il est possible de changer de lait au cours du temps. Concernant le lait qui vous a été proposé à la maternité si vous n’allaitiez pas, il est important d’avoir en tête qu’il s’agit de marques ayant remporté l’appel d’offres dans le dit hôpital et, qu’hormis une démarche spécifique du pédiatre, ce n’est en rien un gage du meilleur choix pour votre Bébé. Toutefois, et c’est une logique valable pour l’ensemble de la première année, une fois le lait choisi est bien accepté par Bébé, il demeure important de ne pas démultiplier les essais, autant pour le goût de Bébé que pour le risque d’intolérance du nouvel essai et de perturbation du système digestif.

 Attention à la tétine ! 

Le bisphénol A (BPA) est aujourd’hui interdit dans les biberons, à juste titre. Toutefois, l’Institut Scientifique d’Hygiène Alimentaire (ISHA) a récemment mis en évidence l’existence de nitrosamines dans environ une tétine sur dix. Il s’agit de dérivés de nitrites aujourd’hui reconnus comme augmentant les risques cancérigènes, ce sont d’ailleurs elles que l’on retrouve dans de nombreuses charcuteries et ayant conduit l’OMS à conseiller de réduire fortement leur consommation pour réduire les risques de cancer colorectal…

Quelles quantités de lait et combien de biberons donner à Bébé ?

Les volumes peuvent varier en fonction de l’appétit de Bébé. Veiller juste à apporter au minimum 30ml de lait par prise et environ 1 biberon toutes les 3 h (si besoin, proposer de l’eau faiblement minéralisée entre chaque s’il réclame), sans forcer et en vous assurant que Bébé puisse évacuer l’air absorbé par un rot en fin de tétée ou lors de pause. Aucun jus de fruit ni d’eau fortement minéralisée !

Quelques exemples d’eau minéralisée utilisables pour le biberon ; eau faiblement minéralisée telle qu’Evian, Volvic, Mont Roucous, Montcalm, etc.

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Quantités moyennes conseillées :

  • 0 à 1 mois :  6 biberons de 90 à 120 ml.
  • 1 à 2 mois : 6 biberons de 120 ml ou 5 biberons de 150 ml.
  • 2 à 3 mois : 5 biberons de 150 ml.
  • 3 à 4 mois :  5 biberons de 150 ml ou 4 biberons de 180 ml.
  • Il est également possible de calculer selon la règle d’Appert en se basant sur un apport énergétique moyen de 90 kcal/kg poids corporel/j) jusqu’à l’âge de 6 mois : « 1/10 du poids + 200 à 250 »

 Comment savoir s’il faut changer de lait ? I

l peut être parfois délicat d’identifier les signes évoquant la nécessité de changer de lait. Voici quelques questions qui peuvent vous y inciter, bien qu’en cas de doute, je vous conseille de demander conseil à un professionnel de santé formé à l’utilisation des laits (pédiatre, pharmacien-conseil) :

  • Votre bébé a t-il des régurgitations ? Si oui, juste après le biberon ou même plusieurs heures après ?
  • Souffre-t-il de coliques ?  Il se tortille, souffre de gaz, de mal au ventre, pleurs…
  • Vous constatez une modification de la fréquence, de la consistance ou de la coloration des selles (une coloration beige, blanche ou grise doit vous alerter).
  • Votre bébé ne grossit pas assez, ne semble pas rassasié, boit peu en comparaison du volume moyen conseillé.
  • Vous découvrez des problèmes de peau, des plaques, des rougeurs, etc.

Les laits de suite ou 2éme âge

Les laits de suite, ou 2e âge, se différencient peu des laits 1er âge. Bébé évolue vers ce nouveau lait à partir du moment où il débute la diversification alimentaire avec un repas complet, soit entre 4 et 6 mois (idéalement plus proche de 6) et un volume moyen quotidien de 500 ml de lait. Là encore, les volumes peuvent varier en fonction de l’appétit de Bébé et du niveau de diversification, rien ne sert de forcer et demander conseil à votre médecin en cas de doutes.

Dès lors qu’il correspond à la catégorie sélectionnée, vous pouvez tout à fait changer de marque ou de lait sans risques pour Bébé. Une constipation ou un léger inconfort digestif est alors fréquent pendant 2 à 3 jours.

La composition nutritionnelle globale est revue légèrement à la hausse pour s’adapter aux besoins évolutifs de bébé :

  • Les teneurs en protéines peuvent augmenter légèrement : 1,8 à 3,5 g / 100 kcal (2,25 g max. en cas de lait de suite à base d’hydrolysats de protéines et 2,25 g min. en cas de lait de suite à base de soja), mais les critères de choix de la nature des protéines demeurent identiques au lait 1er âge.
  • Les teneurs en Fer sont plus importantes (de 0,9 à 2,5 mg/100 kcal contre 0,3 à 1,3 mg/100 kcal dans les laits 1er âge). La diversification alimentaire doit également contribuer à répondre à cette augmentation des besoins lorsqu’elle est bien menée.
  • Les teneurs en vitamine D3 sont légèrement augmentées (jusqu’à 2,1 ug contre 1,75 dans le lait 1er âge).
  • A l’inverse, certains ingrédients ne sont plus présents : choline, inositol et L-carnitine notamment.
  • Les valeurs caloriques demeurent globalement les mêmes (60 à 80 kcal/100 ml)
  • La teneur totale en glucides doit être comprise entre 9 et 14 g / 100 kcal, en lactose d’au-moins 4,5g / 100 kcal (quand il est présent).Encore une fois, le lactose représente le sucre naturel du lait maternel mais peut accélérer le transit en cas de défaut de digestion. En cas d’utilisation de lait à base d’hydrolysats, le lait peut contenir du glucose à hauteur de 2g pour 100 kcal maximum. A la différence des laits 1er âge, du fructose, du miel ou du saccharose peuvent être rajoutés (20% des sucres totaux max.).
  • La réglementation sur les teneurs en oméga 3 est assez large : en effet, le ratio entre les oméga 3 et les oméga 6 végétaux peut-être compris entre 5 et 15. Pour faire simple, plus il est faible, mieux c’est. Toutefois, c’est surtout la teneur en DHA qui est à considérer, comme pour le lait 1er âge (pour rappel, l’enzyme permettant à Bébé de synthétiser le DHA à partir des oméga 3 végétaux est très peu fonctionnelle).
  • Il existe, comme pour les laits 1er âge, des laits enrichis en ferments lactiques permettant d’acidifier le lait et ainsi de favoriser le travail gastrique de bébé (Gallia Lactobifidus, Guigoz transit, Guigoz Evolia, etc.). Toutefois, ce critère est surtout valable quand le lait utilisé contient beaucoup de caséines, ce qui ne représente pas le lait prioritaire en termes de choix. Les laits rassasiants ou de satiété possèdent justement un pourcentage important de caséines et ont tendance à ralentir le transit, à l’inverse des laits pauvres en caséines qui favorise la motricité intestinale. Les formules AR sont toujours proposées en 2eme âge, en pharmacie uniquement (Gallia AR, Allernova AR, Guigoz AR, Picot AR, etc.). En supermarché, les laits confort contiennent eux aussi de l’amidon, mais en moindre quantité. Il existe enfin des laits destinés à réduire les coliques car pauvres en lactose et en caséines (Modilac Expert transit +, Galia Bébé Expert Diargal lait de substitution, Guigoz lait expert AC). Les laits HA et HPLV sont disponibles, comme pour les laits 1er âge (Novalac Allernova AR, Guigoz lait expert HA). Si ces laits ne conviennent pas, il existe un autre lait dit de substitution à base de lait d’acides aminés sur prescription médicale.
  • Les laits maternisés à base de protéines de riz sont également proposés en 2e âge. Les laits à base de protéines de soja (Gallia Expert Lait soja) complètent l’offre (ce qui n’est pas le cas en lait 1er âge), toutefois au regard des phyto-œstrogènes présents et des risques d’allergie croisée avec les protéines de lait de vache, le lait à base de protéines de riz demeure à privilégier, toujours sur avis médical.
  • Le lait relais est un compromis entre le lait maternel et le lait de suite, sa composition étant enrichie en acides gras essentiels (oméga 3 notamment), probiotiques et prébiotiques, vitamines et minéraux pour se rapprocher au mieux du lait maternel (Picot relais, Nidal Relais, Gallia calisma relais).
  • Certains laits maintiennent une faible teneur en protéines dans la continuité des laits 1er âge dans l’optique de limiter les risques d’obésité.
  • Apparaissent également les laits maternisés à base de lait de chèvre, pouvant représenter une alternative aux laits issus de lait de vache du fait de leur moindre teneur en caséines.
  • Là aussi, des alternatives à base de lait bio existent (Physiolac Bio), mais demeurent des laits conventionnels en terme de nature protéique.

 

Les laits de croissance

Il ne s’agit là que d’un nom usuel commercial, il n’existe en effet aucune réglementation spécifique sur les laits dits de croissance, souvent proposés à partir de l’âge d’un an et jusqu’à 3 ans. De même, il n’y a aucun consensus scientifique sur l’intérêt de ce type de lait, fortement mis en avant par l’industrie laitière. Les laits de suite se caractérisent globalement par une teneur moindre en protéines par rapport au lait de vache traditionnel, des acides gras de meilleure qualité, mais surtout par un enrichissement en vitamine D et en Fer (jusqu’à 20 fois plus que le lait classique). Après l’âge d’un an, la problématique de la satisfaction des besoins en Fer demeure tant que l’enfant ne consomme pas suffisamment de protéines animales (de l’ordre de 80 à 100g par jour de viande, volaille ou poisson) ou d’aliments riches en Fer (légumineuses) et en vitamine C. La Suisse et le Canada ne recommandent plus le lait de croissance depuis 2008, considérant qu’il s’agit là d’une démarche facultative. Par ailleurs, la forte teneur en Fer est masquée par des arômes souvent vanillés pour altérer l’éducation gustative de l’enfant. Donc en clair, ce type de lait apparaît plus adapté que le lait de vache traditionnel, mais si votre enfant mange de manière équilibrée et des protéines animales en quantité suffisante (ce qui est le cas dans la plupart des situations, voire beaucoup trop), il n’a rien d’indispensable.

Je vous proposerai prochainement un tableau synthétique des laits commercialisés en France et ma sélection.

Pour découvrir le sujet des laits pour nourrissons plus en détails, c’est par ici !

Le lait pour nourrisson

Il s’agit du lait « classique » proposé en première intention par la plupart des pédiatres ou pharmaciens. Sa composition est en théorie censée se rapprocher du lait maternel.

1) la teneur en protéines

Elle est encadrée de 1,8 à 3 g / 100 kcal, leur nature peut varier fortement. Il s’agit là du principal critère de choix au regard de ses implications sur la santé de Bébé.

D’un point de vue quantitatif, le lait maternel contient moins de protéines que le lait artificiel, réduisant ainsi les risques d’obésité ultérieure (voir mon article sur l’allaitement). En effet, l’implication d’un apport important en protéines au cours des deux premières années de vie sur les risques de rebond d’adiposité précoce et obésité est aujourd’hui bien établie. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’ensemble des marques commercialisant des laits maternisés 1er âge ont récemment réduit les teneurs en protéines dans leurs produits (1,5g de protéines/ 100 ml contre 2g auparavant).

Au niveau qualitatif, le lait maternel contient non seulement peu de caséines (environ 40% contre 80% dans le lait de vache) mais ces dernières forment par ailleurs des micelles beaucoup plus petites. Or ce sont justement ces « grosses » caséines qui possèdent un caractère antigénique particulièrement élevé et à l’origine d’intolérances, de troubles digestifs ou encore de réaction immunitaire inadaptée de Bébé (dermatite, eczéma, etc.). La muqueuse intestinale de Bébé, encore immature, est en effet perméable à ces grosses protéines. De plus, le lait maternel contient de fortes quantités de lactosérum (60% contre à peine 20% dans le lait de vache). Il s’agit de protéines solubles ne précipitant pas ou peu avec les caséines, grâce à une coagulation fine dans l’estomac, favorisant ainsi une digestibilité optimale pour Bébé. Le lait maternel est également dépourvu de β-lactoglobuline, une autre protéine issue du lactosérum mais fortement impliquée dans les risques allergiques.

Le lait maternel contient par ailleurs certaines protéines aux rôles essentiels et issues de Maman, les IgAs. Il s’agit d’immunoglobulines spécifiques favorisant une maturité et une réaction immunitaire optimale de Bébé, totalement absentes dans les laits pour nourrissons issus de lait de vache. Sans compter sur le fait que le lait maternel contient :

  • De la lactoferrine favorisant l’absorption du Fer, des enzymes adaptées (notamment les lactases et les lipases),
  • De la bêta-défensine,
  • Du lysozyme,
  • Des facteurs de croissance adaptés à l’espèce humaine et non bovine (IGF1, TGF, G-CSF, EGF, etc.).

Le lait maternel contient également une grande quantité de peptides et d’acides aminés libres possédant des propriétés indispensables à la croissance de Bébé (taurine, acide urique, carnitine, nucléotides, etc.) représentant jusqu’à 25% de l’azote du lait, contre à peine 5% dans le lait de vache. La réglementation des préparations pour nourrissons impose la présence de certains de ces acides aminés, sans pour autant égaler la valeur du lait maternel.

Vous l’aurez donc compris, rien ne remplace le lait de Maman…. 

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Le rapport « caséines / protéines solubles »

La législation n’impose pas de rapport spécifique entre les protéines de lactosérum (ou protéines solubles) et les caséines. Sur ce critère, on peut distinguer deux grandes catégories de lait :

Les laits dont la nature des protéines n’a pas été modifiée. Le taux de caséines est alors similaire à celui du lait de vache, ce qui permet d’obtenir une texture et une saveur particulièrement appréciée par Bébé, expliquant ainsi la difficulté pour les parents de changer lorsque Bébé a commencer à y gouter…

Les laits à protéines modifiées. La plupart des marques tendent aujourd’hui à augmenter, à juste titre, la proportion de protéines solubles pour favoriser la digestibilité et des selles plus molles. Ceci n’enlève toutefois en rien le pouvoir allergisant des caséines et des béta-lactoglobulines issues du lait de vache :

  • Les laits AR (Anti-Régurgitation) ou Confort augmentent au contraire les taux de caséines, en particulier pour favoriser la satiété et réduire les régurgitations. La floculation de ces protéines augmente en effet le temps de vidange gastrique (la durée de la digestion), mais peut par ailleurs constiper Bébé. Exemples : Enfamil, Enfamil Nutribaby, Enfamil Premium, Gallia Calisma, Materna, Modilac Expert AR, Novalac AR, Novalac Satiété, Nutricia, Nutricia Lémiel. Ainsi, indépendamment de la tolérance aux protéines, la proportion en caséines et en protéines solubles influe sur la satiété (caséines plus satiétogènes), sur la digestibilité (protéines solubles plus digestes et favorisant des selles molles).
  • Les laits HA, pour « Hypo-Allergisant », sont des préparations spécifiques dont les caséines ont été partiellement coupées (hydrolysées) pour réduire leur caractère allergisant. En théorie, ces laits sont réservés aux bébés dont la famille possède un terrain allergique (dit atopique), sur recommandation médicale. Toutefois, si vous choisissez un lait maternisé issu du lait de vache, c’est celui que je vous recommanderais en priorité. En effet, à défaut de pouvoir supprimer totalement les caséines et les béta-lactoglobulines, ce lait permet d’en réduire les effets sur l’immunité. Exemples : Modilac Expert HA, Enfamil HA Digest, Milupa HA (avec prébiotiques), Guigoz HA (avec amidon). Il existe deux types de lait HA : d’une part ceux qui contiennent un mélange de protéines hydrolysées de lactosérum et de caséines, d’autre part ceux qui ne contiennent que des protéines hydrolysées de lactosérum. Le second est à privilégier, bien que peu représenté sur le marché.
  • En cas d’allergie franche aux protéines de lait, une solution peut-être de sélectionner un lait au nom spécifique de lait issu d’hydrolysats de protéines de lait de vache (APLV) (1). Les caséines sont alors encore plus hydrolysées, de même que le lactose est presque totalement supprimé et la nature des graisses sélectionnée pour optimiser leur digestibilité (triglycérides à chaînes moyennes ou TCM). Exemples : Néocate, Nutramigen, Galliagene Progress, Nutriben APLV, Picot Peptijunior. Ces laits peuvent représenter une alternative importante non seulement pour les nourrissons allergiques aux protéines de lait de vache, mais aussi pour les parents souhaitant éviter absolument les protéines laitières, y compris sous forme hydrolysée. Ils sont proposés sur prescription médicale et sont partiellement remboursés par la sécurité sociale .  Si malgré tout, Bébé ne supporte pas ces laits, il existe des laits formulés uniquement à base d’acides aminés (Néocacte et Nutramigen AA) mais au goût difficilement accepté.

Ces laits, encore plus que les laits HA, possèdent en effet un goût pouvant ne pas faire l’unanimité de tous les bébés, notamment du fait de l’amertume (d’autant plus forte que l’hydrolyse est importante). C’est d’ailleurs là la principale raison pour laquelle les industriels proposent en majorité des laits riches en caséine. Ils savent qu’ainsi, le lait va être davantage apprécié par Bébé…

Parmi les plus de 160 laits proposés sur le marché, vous trouverez certaines mentions « confort » dont la texture est légèrement épaissie grâce à de l’amidon à nouveau, notamment pour limiter les régurgitations. Les laits anti-régurgitations ou AR sont quant à eux des laits soumis à une réglementation spécifique et distribués uniquement en pharmacie. Ils utilisent des épaississants (caroube et/ou amidon, voire autres composés brevetés par la marque), voire modifient la composition du lait pour accélérer leur digestion (davantage de protéines solubles ou de lactose, apport de probiotiques).

Vous trouverez également des laits « relais », destinés en théorie à mieux accompagner la transition de Bébé depuis le lait maternel vers le lait maternisé. Cette appellation ne répond néanmoins à aucune réglementation. Leur composition apparaît par ailleurs très variable en fonction des marques et ne présente pas d’intérêt spécifique. Certains laits (ex. Novalac Relia) arguent la présence de DHA ou de nucléotides, certes, mais ces nutriments ne leur sont absolument pas spécifiques et sont parfois présents en moindre quantité que d’autres laits bien choisis.

Le dernier choix possible, et non des moindres, est le recours à des préparations végétales de riz (Modilac Expert Riz et Riz AR) dont les protéines ont également été hydrolysées. Leur utilisation a récemment défrayé la chronique suite à une mise en garde en mars 2013 par l’agence nationale sanitaire (ANSES) sur la consommation de « laits végétaux » ou plus exactement de jus. À juste titre. Toutefois, cette mise en garde concerne les laits végétaux classiques proposés dans les rayons de supermarché lorsque vous faites vos courses. Il ne s’agit en rien de préparations pour nourrissons à base de protéines de riz hydrolysées, répondant eux totalement à la réglementation en vigueur et aux exigences de santé du bébé. Non seulement il existait déjà une confusion dans l’esprit de beaucoup (pour mémoire les cas de bébés hospitalisés en urgence pour dénutrition, voire de décès, à qui les parents ont donné des laits végétaux classique)s. Cette alerte (mais surtout la déformation médiatique qui a suivi) a renforcé la peur ambiante, en créant une crainte totalement injustifiée envers les préparations végétales réglementées pour nourrissons, alors qu’elles représentent des solutions bien plus adaptées dans de nombreux cas, en comparaison des préparations issus de lait de vache. A condition que Bébé aime le goût et qu’il ne présente pas d’allergie aux protéines de riz bien entendu.

Si vous sélectionnez cette catégorie de lait (aujourd’hui, seule les préparations à base de lait de riz sont proposées en 1er âge), commencez bien par celui-ci, car si Bébé a découvert le goût du lait maternisé à base de lait de vache, il risque de faire la moue en découvrant ce met à la saveur bien différente… A noter que le riz peut être vecteur d’Arsenic. Malheureusement, aucune donnée n’est fournie en ce sens par les industriels sur l’origine du riz et sur les contrôles effectués.
 

Les laits à base de protéines de riz présentent des teneurs plus importantes en protéines pour compenser la moindre qualité nutritionnelle des proportions d’acides aminés, de même qu’ils contiennent un peu d’amidon natif issu du riz, voire de la caroube pour limiter les régurgitations (uniquement Modilac Expert Riz AR).

Autre solution : vous tourner vers les laits à base de lait de chèvre, de plus en plus proposés sur le marché depuis la preuve de leur innocuité en 2005 (expliquant leur autorisation de commercialisation depuis 2012 uniquement). Les valeurs nutritionnelles sont proches, mais ils présentent l’avantage de comporter sept fois moins de caséine alpha-S1 que dans le lait de vache, permettant ainsi une coagulation moins dense dans l’estomac.

 Quels sont les risques à utiliser un lait classique au lieu d’un lait maternisé ?

Les médias ont entretenu une vive polémique sur les risques de consommation de laits végétaux à la place de laits maternisés. Ces risques existent bien dès lors que le lait n’est pas maternisé, végétal ou non. A titre d’exemple, un enfant de 18 mois allaité 2 mois puis nourri au jus d’amande a vu son apport calorique quotidien diminué de 46 %, son apport protéique de 31 % et calcique de 84 %. Mais la consommation de lait animal non maternisé peut poser tout autant problème, engendrant notamment une cassure de la courbe staturo-pondérale, des troubles du comportement, des vomissements, des perturbations calciques, des carences en Fer, vitamines D, E et B12, rachitisme, un excès d’apport protéique et donc une augmentation des risques d’obésité. Par ailleurs, les contrôles sanitaires peuvent apparaître parfois insuffisants (exemple d’utilisation de lait d’ânesse non stérilisé).

 

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En conclusion, pour vous aider à bien choisir votre lait en fonction de l’origine et de la nature des protéines – ce qui représente le principal critère – voici mes conseils prioritaires :

  • La plupart des laits pour nourrissons répondent aux exigences d’apport dans les différents acides aminés ou peptides spécifiques, vous pouvez donc vous libérer de ce dilemme.
  • Si Bébé aime, les préparations pour nourrissons à base de protéines de riz représentent une solution prudente face aux risques allergiques ou d’intolérance aux protéines de lait de vache.
  • Si vous préférez une préparation issue de lait de vache et qu’il existe une allergie, les laits destinés aux intolérances aux protéines de lait de vache représentent une solution. Les laits HA représentent le bon compromis entre le goût et le risque d’intolérance, notamment en cas de terrain familial. A noter que le risque de régurgitation ou de selles molles peut augmenter avec ce type de lait.
  • Les laits classiques 1er âge ne sont à proposer que par défaut à mon sens, si Bébé ne souffre d’aucun problème digestif, infectieux ou allergique, si vous n’y êtes pas sujet(te) vous-même, si vous ne présentez pas de prédisposition aux infections ou aux allergies (ou d’autres membres de la fratrie).
  • Les laits confort ou AR représentent le dernier recours au regard de leur forte teneur en caséines.

Cette première énigme étant clarifiée, passons aux suivantes…

2) la teneur en lipides

D’un point de vue quantitatif, les teneurs en graisses dans les laits maternisés sont proches de celles du lait maternel. Toutefois la digestibilité et l’assimilation de ces graisses sont très variables. Le lait maternel contient en effet une enzyme, la lipase, compensant l’immaturité digestive de Bébé. Par ailleurs, même si le lait artificiel tente de se rapprocher au mieux de la composition lipidique du lait maternel, la nature des triglycérides véhiculant ces acides gras demeure différente et moins bien assimilée (présence de l’acide palmitique en position 2 du glycérol).

La grande majorité des graisses utilisées pour les laits maternisés apportent des acides gras saturés et d’origine végétale. L’utilisation de l’huile de palme, sujette à polémique autant d’un point de vue nutritionnelle qu’environnementale, est utilisée dans la très grande majorité des laits compte tenu de la nature des acides gras qui la compose, facilement métabolisée par Bébé. Les marques bio proposent la plupart de leurs laits sans huile de palme (Babybio, Prémibio par exemple). La société Française de pédiatrie ne se prononce toutefois pas clairement, estimant « a priori » que les acides gras de l’huile de palme n’augmenteraient pas les risques athérogènes : « Les apports en lipides chez l’enfant de moins de 3 ans en France. Mise au point et recommandations du Comité de nutrition de la Société Française de Pédiatrie ».(2)

Certains laits contiennent également des proportions importantes de TCM (triglycérides à chaîne moyenne) pour faciliter la tolérance et l’assimilation des graisses par Bébé (ils sont assimilés jusqu’à 4 fois plus vite que les triglycérides à longue chaîne). Ils sont notamment présents dans les laits proposés en cas d’intolérance (ex. Pregestimil DHA), pour prématurés ou à base de protéines de riz.

Nous arrivons désormais à un point essentiel : Bébé ne sait pas fabriquer les fameux oméga 3 à longue chaîne, notamment le DHA, dont il a pourtant besoin pour assurer son développement cérébral et cognitif, la croissance de ses tissus et de l’ensemble de ces cellules (3). En effet, les nourrissons ne disposent pas d’une enzyme fonctionnelle (la delta-6-désaturase) permettant au corps de fabriquer le DHA à partir d’oméga 3 végétaux. Le taux de conversion est en effet inférieur à 1% (4). C’est pourquoi les rapports actuels de l’OMS et de l’ANSES recommandent d’apporter du DHA (et d’autres acides gras à longue chaîne, l’EPA et le DHA) à tous les enfants prématurés de moins de 3 ans et considèrent les données relatives à l’intérêt d’une supplémentation convaincante (2). La nature étant bien faite… le lait maternel en contient, lui, naturellement en grande quantité à la différence du lait de vache. Il contient aussi un acide gras de la famille des oméga 6 nécessitant cette enzyme pour être fabriqué, l’acide arachidonique (ou ARA). Cet acide gras pose actuellement problème dans l’alimentation adulte car il est présent en excès, mais il demeure indispensable à la santé de Bébé en petite quantité. A noter que le rapport entre les oméga 3 et les oméga 6 dans le lait maternel dépend fortement de l’alimentation de Maman. Ce qui renforce d’autant plus les conseils visant à augmenter les apports en oméga 3 dans l’alimentation de Maman pendant la grossesse certes, mais aussi pendant l’allaitement (4). La teneur en ARA représente donc un critère important dans le choix du lait, en particulier quand il contient du DHA pouvant alors réduire la synthèse d’ARA (5). Il a été clairement démontré que les enfants nés avec des laits maternisés possèdent des statuts en DHA inférieurs à ceux nourris au sein (6)(7), et la société Française de pédiatrie précise « qu’il est probable que la majorité des enfants nourris au biberon ont des apports en AGPI-LC (DHA et ARA) inférieurs aux apports recommandés » (2).

Voilà donc la seconde énigme élucidée : la quantité de DHA apportée dans le lait doit être la plus importante possible, idéalement associée à de l’ARA (le DHA est souvent apporté industriellement à partir de l’algue microscopique Crypthecodiniumcohniiou d’huiles de poisson, l’ARA à partir d’un champignon microscopique Mortierellaalpina). En fonction des marques, vous serez surpris(e) des différences. La présence d’oméga 3 végétaux (ALA) n’est pas un critère suffisant dans la mesure où le métabolisme de Bébé ne sait pas l’utiliser de manière optimale. La société Française de pédiatrie elle-même précise qu’il faut recommander des laits apportant du DHA et de l’ARA (à des niveaux de 0,32 à 0,5%) (2). Il n’existe pour autant aucune réglementation spécifique à ce jour…. Expliquant que la plupart des laits n’en contiennent pas.

Exemples : Enfamil AR, Enfamil Premium, Milupa, Milupa Digest, Modilac Doucéa, Modilac Oéba, Modilac Expert HA, Pré Modilac Expert,  Nidal 1, Guiguoz 1 et Evolia 1.

A noter que lait maternel contient également de fortes quantités de cholestérol en comparaison du lait maternisé (la cholestérolémie des bébés allaités s’avère en effet plus importante), favorisant ainsi une composition optimale des membranes cellulaires et des hormones de Bébé. Ce qui pose une véritable question sur l’absence de cholestérol dans les laits maternisés. Position partagée par la société française de pédiatrie (2).

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3) La teneur en glucides

La majeure partie des glucides présents dans le lait de femme (75g/litre) est composée de lactose (63g), le reste représentant essentiellement des oligosaccharides (12g/L) totalement absents du lait de vache. Ces sucres possèdent pourtant une propriété essentielle, dite prébiotique. Ils assurent en effet la nutrition du microbiote intestinal de Bébé, en particulier des bifodobactéries dont on connaît aujourd’hui l’importance dans l’équilibre de la flore, donc sur la prévention de la santé à court terme (infections digestives ou extra-digestives, gastro-entérites, dermatite atopiques) et à long terme (diabète, obésité, maladies inflammatoires ou auto-immunes, etc.) (8)(9). L’utilisation de ces GOS permettrait aux bébés de développer une flore proche de celle obtenue en cas d’allaitement (10). Les prébiotiques permettent également d’augmenter le nombre de selles, alors plus molles. Leur présence représente donc un critère positif, à condition que Bébé le supporte bien au niveau digestif (max. 0,8g / 100 ml et teneur la plus forte en galacto-oligo-saccharides).

La plupart des laits maternisés ne contiennent que du lactose (Enfalac, Enfamil Premium, Modilac Expert Transit +, Novalac Transit, Nutriben Transit, Picot Action Transit). S’agissant du sucre naturellement présent dans le lait maternel, il constitue le critère de choix logique en termes de glucides. Toutefois, les bébés prématurés ou les nourrissons de moins de 2 mois peuvent présenter des coliques en lien avec une difficulté à digérer le lactose, se traduisant par un transit accéléré, voire des gaz et des douleurs abdominales. Certains laits sont donc proposés avec l’allégation « Anti-colique » grâce à des teneurs réduites en lactose et par ailleurs HA (Gallia Anti-colique, Guigoz Action-colique). A l’inverse, la plupart des laits destinés à lutter contre la constipation ont un taux de lactose élevé. Ces laits contiennent par ailleurs souvent davantage de fibres ou de probiotiques, voire du Magnésium ou des lipides dont la structure a été modifié.

De nombreux laits maternisés sont enrichis en probiotiques ou en ferments lactiques (Guigoz Evolia, Guigoz Pélargon AR, Modilac Doucéa, Modilac Oéba, Nidal plus, Picot AR, Picot Action Diarrhées, Picot Action Transit, Blédilait Confort Premium, Gallia Calisma, Gallia Lactobifidus, Gallia Digest Premium, Guigoz Pélargon) et/ou en prébiotiques (Milupa, Milupa Conformil, Milupa Digest, Modilac Doucéa, Nutriben Transit, Nutricia Confort Plus). Ces bactéries sont en effet bénéfiques au développement de la flore de Bébé, à la maturité immunitaire et à la prévention des coliques en favorisant la digestion du lactose (11). Toutefois, la qualité et les quantités sont non seulement très variables, mais la viabilité des souches est surtout fortement réduite. Ainsi, cet aspect ne constitue pas à mon avis un critère de choix : mieux vaut amplement sélectionner une supplémentation de probiotiques de qualité, disponible en pharmacie et dont le dosage est adapté à Bébé (moins de 3 milliards par prise), en particulier en cas d’allergie, d’eczéma, de troubles digestifs ou de terrain allergique familial. Il sera alors nécessaire de proposer les probiotiques à Bébé une fois par jour, idéalement le matin avant le premier biberon, dilués dans un peu d’eau ou sous forme liquide directement (l’idéal).

Les laits enrichis en ferments lactiques permettent d’acidifier le lait et ainsi de favoriser le travail gastrique de bébé, tout en facilitant la digestion du lactose (Gallia Lactobifidus, Guigoz transit, Guigoz Evolia, etc.). Toutefois, ce critère est surtout valable quand le lait utilisé contient beaucoup de caséines, ce qui ne représente pas le lait prioritaire en terme de choix.

Certains laits maternisés contiennent également des dextrines-maltose ou maltodextrines (Milupa Conformil, Novalac AC, Picot Action Coliques, Modilac Expert SL) pour réduire les potentiels effets intestinaux du lactose et pour apporter davantage de satiété. Or il s’agit de sucres à index glycémique élevé, à éviter donc dans la mesure du possible. De même, certains laits sont enrichis en amidon de maïs ou caroube pour être plus épais (Blédilait Confort Premium, Enfamil AR, Enfamil Nutribaby, Guigoz Formule épaissie, Guiguoz AR, Nidal AR, Nidal plus, Novalac AR, Picot AR, Gallia AR, Milupa AR, Nutriben AR, Nutrilon AR et Modilac Expert AR). Si Bébé souffre de troubles digestifs, il sera toutefois beaucoup plus utile d’appréhender le problème en amont, notamment en choisissant les bonnes sources de protéines (laits HA ou pour intolérance aux protéines de lait, lait maternisé à base de protéines de riz) et en ayant éventuellement recours à des probiotiques (voir conseils ci-dessus). Si Bébé n’est pas suffisamment rassasié et que les autres solutions ne fonctionnent pas, ce type de lait pourrait être conseillé par défaut et en dernier recours. Attention, il peut constiper Bébé et/ou augmenter les risques de reflux.  Il existe également des laits pauvres en lactose, pouvant être conseillés en cas de diarrhées aiguës (Diargal, Diarigoz, HN25, Modilac Expert SL, Novalac Diarinova, Nutriben Sans Lactose, O’LAC, Picot Action Diarrhées, Modilac Expert Riz). A noter que les préparations à base d’amidon de riz procurent plus de satiété que celles à base d’amidon de maïs, mais sont moins denses.

Enfin, certains laits peuvent contenir du glucose (pré-Gallia, Gallia 1) ou du sirop de glucose (Physiolac Relais 1). Toutefois, le glucose à l’état libre favorise la réaction de Maillard, en particulier lors du chauffage du biberon et augmente fortement l’osmolarité.

L’utilisation de miel dans les laits 1er âge n’est plus autorisée compte tenu de la présence possible de Clostridium botulinum à l’origine du botulisme chez les enfants.

4) les apports caloriques :

Ils sont de 60 à 70 kcal/100ml. Il est parfois évoqué que le lait maternel est moins calorique que le lait artificiel. Certes, mais l’analyse des courbes de croissance des enfants allaités de façon exclusive pendant un an ne montre pas de différence avec les autres enfants, même si leur poids est légèrement inférieur et en rien synonyme de dénutrition (sauf en cas de dénutrition importante de la maman). Par ailleurs, la consommation de lait maternisé est impliquée dans l’augmentation des risques de diabète de type 1 et d’obésité, alors que le lait maternel apparaît quant à lui préventif, y compris sur les risques cardio-vasculaires (12). Les laits maternisés possèdent une valeur calorique similaire, ce qui ne constitue pas un critère de choix significatif dans l’offre des marques, sauf en cas de besoin spécifique.

5) Les apports en minéraux

La teneur générale en sels minéraux du lait maternel est relativement faible, ce qui lui confère un avantage certain. En effet, l’osmolarité du lait est ainsi limitée (93 mOsm/L vs 308 mOsm/L dans le lait de vache) et permet de maintenir une hydratation optimale, même en cas de diarrhée ou de transpiration importante.

Les teneurs en calcium et en zinc sont moins importantes dans le lait maternel (30 mg/L vs 120 mg/L) mais leur biodisponibilité est bien supérieure, grâce à la présence de ces minéraux sous une forme facilitant leur absorption. Concernant les laits maternisés, les marques utilisant du citrate de calcium procurent une meilleure assimilation que celles proposant du carbonate de calcium.

La teneur en vitamine D apparaît insuffisante dans le lait maternel, notamment compte tenu du moindre ensoleillement des mamans en relation avec le mode de vie moderne. La supplémentation est donc systématique pour éviter tout risque d’hypocalcémie néonatale, que Bébé soit nourri au sein (1000 à 1200 UI/j, soit 4 gouttes de Zyma D) ou avec un lait maternisé jusqu’à 18 mois (600 à 800 UI/j, soit 2 à 3 gouttes de Zyma D). Ces valeurs sont proposées à titre indicatif et ne se substituent bien entendu pas au conseil du pédiatre.

Une supplémentation en vitamine K est également nécessaire du fait de la moindre synthèse de cette vitamine par les bactéries du microbiote lorsque Bébé est allaité, notamment du fait du développement bénéfique des bifidobactéries grâce aux oligo-saccharides du lait maternel. Elle est en général proposée le jour de la naissance, le 4e et le 7e jour, puis à un mois en cas d’allaitement exclusif. Les laits maternisés en contiennent déjà.

Nous avons également évoqué la présence de lactoferrine améliorant grandement l’assimilation du Fer présent dans le lait maternel. Ainsi, même si la quantité est moins importante que dans le lait maternisé, le statut est suffisant pour Bébé pendant les six premiers mois, période à partir de laquelle Bébé commencera sa diversification alimentaire et comblera ainsi ses besoins si elle est bien menée. Les laits de 2e âge en sont par ailleurs enrichis. Certaines formes de lait utilisent du bisglycinate de Fer, très bien assimilé (13).

Le lait maternel contient la vitamine B12 nécessaire au développement cérébral, nerveux et physique de Bébé, dans des concentrations équivalentes à celles du sang de Maman. Compte tenu des besoins importants, une supplémentation maternelle est souvent nécessaire en cas d’allaitement.

Il existe de légères variations de teneurs en vitamines et minéraux dans les différents laits maternisés, toutefois la grande majorité propose des compositions similaires.

La Taurine, bien qu’anxiogène pour certains parents compte tenu de sa présence en très fortes quantités dans les boissons énergisantes, est bénéfique et même nécessaire au développement musculaire et cardiaque de Bébé. Le lait maternel en étant naturellement riche, les laits 1er âge en contiennent également sous forme de supplémentation (sauf les laits bio). Il en est de même pour la Carnitine essentielle à la transformation des graisses en énergie.

Les nucléotides induisent quant à eux une stimulation du système immunitaire, des effets bénéfiques sur le développement du microbiote, de la muqueuse intestinale et sur les métabolismes énergétiques (15). Abondants dans le lait maternel et quasi-absents dans le lait de vache, ils font l’objet d’une supplémentation dans les laits maternisés.

Après tous ces conseils, vous voilà bien armés pour décrypter les étiquettes des centaines de laits maternisés disponibles sur le marché… ☺

Anthony Berthou

 

 

Normes de composition des préparations diététiques destinées aux nourrissons

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Capture d’écran 2017-06-26 à 11.46.52Composition nutritionnelle réglementaire des laits de suite

Sources :

(1) Comité de nutrition de la société française de pédiatrie – Utilisation de formules à charge antigénique réduite  . Archive de pédiatrie 2000 , 7 , 302 -6.   

(2) Les apports en lipides chez l’enfant de moins de 3 ans en France. Mise au point et recommandations du Comité de nutrition de la Société Française de Pédiatrie, 2014             

(3) Guxens M, Mendez MA, Moltó-Puigmartí C, Julvez J, García-Esteban R, Forns J, Ferrer M, Vrijheid M, López-Sabater MC, SunyerJ;Breastfeeding, Long-Chain PolyunsaturatedFattyAcids in Colostrum, and Infant Mental Development. Pediatrics. 2011 Sep 19            

(4) ANSES. Actualisation des apports nutritionnels conseillés pour les acides gras. Rapport d’expertise collective. 2011  

(5) Heird, 2000 /Kuipers RS, Luxwolda MF, Dijck-Brouwer DA, et al. Estimated macronutrient and fatty acid intakes from an East African Paleolithic diet. Br J Nutr 2010 ; 104:1666-87.

(6) AO-WHO. Fat and Fatty Acids in Human Nutrition – Report of an Expert Consultation. Rome 2010   

(7) Actualisation des apports nutritionnels conseillés pour les acides gras, ANSES, Rapport d’expertise collective, 2011                

(8) Carlson SE. Arachidonic acid status of human infants: influence of gestational age at birth and diets with very long chain n-3 and n-6 fatty acids. J Nutr1996;126 Suppl:1092-8  

(9) Eugenia Bruzzeuse et al . A formula containing galacto-and fructo-oligosaccharides prevent intestinaland extra-intestinalinfection : an observational study . 2008 .              

(10) Moro G , Ardlanoglu S , Stahl B , Jelinek J , Wahn U , Boehn G . A mixture of prebiotic oligosaccharides reduces the incidence of atopic dermatitis during the first six month of age . 2006 . Arch dus child 91. 814-9  .         

(11) Miniello VL , Moro G , Armenio L Prebiotics in infant milk formulas : new perspectives . Acta Paediatr . 2003 ;68-76  .         

(12) ESPGHAN . Christian Braagger et al – Supplementation on infant formula with probiotics and /orprebiotics : a systematic review and comment by the ESPGHAN Committe on nutrition – 2011 – 52 , 238-250 .    

(13) Finnish TRIGR Study Group. Dietary intervention in infancy and later signs of beta-cell autoimmunity. N Engl J Med. 2010 Nov 11;363(20):1900-8. ddy WH et al (2003). Breast feeding and respiratory morbidity in infancy: a birth cohort study. Archives of Disease in Childhood. 88:224-228.

Oddy WH et al (2002). Maternal asthma, infant feeding, and the risk of asthma in childhood. J Allergy ClinImmunol 110: 65-7

Van Odijk J et al (2003). Breastfeeding and allergic disease: a multidisciplinary review of the literature (1966-2001) on the mode of early feeding in infancy and its impact on later atopic manifestations. Allergy58: 833-43                                    

(14) Duque X et al. Effect of supplementation with ferrous sulfate or iron bis-glycinate chelate on ferritin concentration in Mexican schoolchildren: a randomized controlled trial. Nutr J. 2014; 13: 71.       

(15) Abdelkader El jabri – Table des laits infantiles – 2007 .  

 

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