La santé
par la nutrition

Categories Menu

L’ail, un aliment aux nombreux bénéfices sur la santé

Posté le 31 Août, 2021 dans Aliments-santé, Articles Santé | 0 commentaires

L’ail, un aliment aux nombreux bénéfices sur la santé

Certains écrits Zoroastriens d’Iran datant du VIème siècle avant JC faisaient déjà référence aux vertus thérapeutiques de l’ail. Celui-ci était également utilisé par la population sumérienne, puis par les athlètes au cours des premiers jeux olympiques en Grèce pour développer leur endurance1.

 

Composition nutritionnelle de l’ail

L’ail contient de nombreux composés, plus de 2000 ayant été identifiés. Les molécules les plus actives sur la santé sont des composés soufrés, également à l’origine de son odeur caractéristique2. L’allicine est celui qui est le plus étudié (faisant partie de la famille des S-alk(en)ylcystéine sulfoxydes et dérive de la cystéine). Lorsque l’ail est endommagé, celui-ci libère une enzyme particulière – l’allinase – à l’origine de la transformation de l’alliine en allicine (également connu sous le nom plus technique de diallylthiosulfinate ou propenyl-2-propene thiosulfinate)3. C’est d’ailleurs l’action de l’allinase qui confère une odeur particulièrement forte et volatile à l’allicine, l’alliine étant inodore et sans saveur. Au même titre que les polyphénols, on peut retenir que le composé à l’origine de vertus sur la santé est donc le fruit d’une agression du végétal. L’allicine est toutefois très instable. Elle se décompose en effet rapidement dans le tube digestif pour être transformée en différentes molécules (ajoènes, vinyldithiines et sulfides), fort heureusement car il s’agit d’une molécule particulièrement toxique pour la cellule. L’ail contient par ailleurs des polyphénols (apigénine et myricétine essentiellement) et des saponines.

 

Les bénéfices santé de l’ail

L’ail possède une activité antioxydante significative, en particulier lorsqu’il est vieilli, grâce à ses composés soufrés hydrosolubles (S-allylcystéine et S-allyl mercaptocystéine)2.

De nombreuses publications ont mis en évidence les effets cardioprotecteurs de la consommation régulière d’ail, via notamment une réduction de la tension artérielle, des taux plasmatiques de LDL-cholestérol (en bloquant la même enzyme que celle sur laquelle agissent les statines proposées en cas d’hypercholestérolémie)4 et de triglycérides5–9. De plus, l’allicine, et plus particulièrement l’un de ses métabolites – l’ajoène – contribue à inhiber l’agrégation plaquettaire, à réduire les risques d’athérosclérose, les taux de LDL-oxydés et la synthèse de TMAO10–13. La consommation régulière d’ail favorise également la sensibilité à l’insuline8,14.

Autre vertu : l’allicine et l’ajoène issus de l’ail ont démontré une activité antibactérienne (contre Salmonella, Escherichia coli, Pseudomonas, Proteus, Staphylococcus aureus, Helicobacter pylori notamment), y compris contre certaines souches résistantes aux antibiotiques, tout en favorisant la diversité du microbiote intestinal15–18. Ils possèdent également des propriétés antifongiques et antiparasitaires19,20. Selon une étude menée auprès de 70 soldats vénézuéliens, l’ajoène permettrait même de traiter la mycose à l’origine du pied d’athlète aussi efficacement que la terbinafine21. Ces propriétés seraient notamment dues à l’activité inhibitrice de l’allicine contre certaines enzymes dites sulfhydryles22. La plupart de ces études ont toutefois été réalisées in vitro.

Il a également été suggéré des effets préventifs de l’ail contre le cancer. In vitro, le taux de croissance des cellules cancéreuses semble en effet réduit par blocage de leur cycle cellulaire23. L’ail serait particulièrement bénéfique pour contribuer à la prévention des cancers du foie, de la prostate, de la vessie, du sein, du poumon, de la peau et de l’estomac24–29. Selon l’équipe du Pr Sheen, manger 20g d’ail frais par jour (soit l’équivalent de 6 gousses d’ail par semaine) permettrait de réduire de 30% les risques de cancer colorectal et de 50% ceux de l’estomac30. Ces effets seraient attribués à un composé soufré spécifique – le trisulfure de diallyle (DATS) – capable de moduler l’activité de certains facteurs de signalisation cellulaire (MAPK, NF-κB)31–33. Les propriétés de l’ail dans la prévention du cancer semblent aussi à attribuer aux composés soufrés (allicine, DADS, DATS, ajoène, S-allylcystéine, etc.). L’ail exerce enfin des effets anti-inflammatoires, particulièrement bénéfiques sur la muqueuse intestinale, ce de manière dose-dépendante34,35, mais aussi hépatoprotecteurs36,37 et neuroprotecteurs.38,39

 

En pratique, comment consommer l’ail ?

La consommation d’une gousse d’ail par jour exerce des effets significatifs sur la santé. Il est toutefois important de le consommer frais et de bien le mastiquer (oui oui, vous avez bien lu…) pour libérer l’alliinase et ainsi former l’allicine, même si ce n’est pas le seul composé bénéfique pour la santé. L’activité de l’allinase est en effet très rapide, la formation d’allicine étant complète en à peine 5 min40.

L’alliinase étant par ailleurs inactivée à 70°C, je vous recommande de ne pas chauffer l’ail à haute température et de le rajouter au dernier moment si vous faites mijoter des plats29. La teneur résiduelle en allicine n’est que de 16% en moyenne lorsque l’ail est bouilli41. L’alliinase est également inactivée à des pH inférieurs à 3,5, comme peut l’être celui de l’estomac. La quantité résiduelle d’allicine dans le sang savère donc très faible, la très grande majorité (plus de 90%) étant éliminée par la respiration et la transpiration sous forme d’un composé – l’AMS – capable d’augmenter le taux d’acétone dans l’haleine (la fameuse mauvaise haleine après avoir mangé de l’ail)42.

L’ail mariné représente également une alternative intéressante. Consommé sous sa forme vieillie (plus précisément, fermenté entre 60 et 90°C dans un environnement très humide pendant 30 à 40 jours, parfois pendant plus de 2 ans), les propriétés sont encore plus marquées. Étonnement, les compléments alimentaires à base d’ail en poudre présenteraient des bénéfices alors que l’alliinase n’est plus active. Une des hypothèses émises serait que l’ail exerce ses effets sur la santé avant tout grâce aux métabolites de l’allicine et que l’organisme possèderait la capacité de fabriquer cette molécule à partir de l’alliine, même en l’absence d’alliinase41.

Compte tenu de ses effets antiplaquettaires, l’ail doit toutefois être évité avant une opération chez les patients atteints de troubles de la coagulation. Sa consommation doit également être surveillée en cas de traitement par desanticoagulants ou antiplaquettaires (notamment aspirine, héparine et warfarine par exemple)43. Il peut également interagir avec certains médicaments en agissant sur les cytochromes hépatiques29.

Voilà de quoi vous réconcilier avec l’ail j’espère !

Anthony Berthou

 

Lire aussi :

  • manger bio santé

    Manger bio est-il meilleur pour la santé

  • logo agriculture bio

    Peut-on encore avoir confiance dans le label Bio ?

 

Références :

1. Lawson LD. Garlic: A Review of Its Medicinal Effects and Indicated Active Compounds. In: Phytomedicines of Europe. Vol 691. ACS Symposium Series. American Chemical Society; 1998:176-209. doi:10.1021/bk-1998-0691.ch014

2. Santhosha SG, Prakash J, Prabhavathi SN. Bioactive components of garlic and their physiological role in health maintenance: A review. Food Bioscience. 2013;3:59-74. doi:10.1016/j.fbio.2013.07.001

3. Sendl A. Allium sativum and Allium ursinum: Part 1 Chemistry, analysis, history, botany. Phytomedicine. 1995;1(4):323-339. doi:10.1016/S0944-7113(11)80011-5

4. Rai SK, Sharma M, Tiwari M. Inhibitory effect of novel diallyldisulfide analogs on HMG-CoA reductase expression in hypercholesterolemic rats: CREB as a potential upstream target. Life Sci. 2009;85(5-6):211-219. doi:10.1016/j.lfs.2009.05.020

5. Reinhart KM, Coleman CI, Teevan C, Vachhani P, White CM. Effects of garlic on blood pressure in patients with and without systolic hypertension: a meta-analysis. Ann Pharmacother. 2008;42(12):1766-1771. doi:10.1345/aph.1L319

6. Chan JY-Y, Yuen AC-Y, Chan RY-K, Chan S-W. A review of the cardiovascular benefits and antioxidant properties of allicin. Phytother Res. 2013;27(5):637-646. doi:10.1002/ptr.4796

7. Ried K, Frank OR, Stocks NP. Aged garlic extract reduces blood pressure in hypertensives: a dose-response trial. Eur J Clin Nutr. 2013;67(1):64-70. doi:10.1038/ejcn.2012.178

8. Kwak JS, Kim JY, Paek JE, et al. Garlic powder intake and cardiovascular risk factors: a meta-analysis of randomized controlled clinical trials. Nutr Res Pract. 2014;8(6):644-654.
doi:10.4162/nrp.2014.8.6.644

9. Ried K. Garlic Lowers Blood Pressure in Hypertensive Individuals, Regulates Serum Cholesterol, and Stimulates Immunity: An Updated Meta-analysis and Review. J Nutr. 2016;146(2):389S-396S. doi:10.3945/jn.114.202192

10. Budoff M. Aged garlic extract retards progression of coronary artery calcification. J Nutr. 2006;136(3 Suppl):741S-744S. doi:10.1093/jn/136.3.741S

11. Lau BHS. Suppression of LDL Oxidation by Garlic Compounds Is a Possible Mechanism of Cardiovascular Health Benefit. J Nutr. 2006;136(3):765S-768S. doi:10.1093/jn/136.3.765S

12. Louis XL, Murphy R, Thandapilly SJ, Yu L, Netticadan T. Garlic extracts prevent oxidative stress, hypertrophy and apoptosis in cardiomyocytes: a role for nitric oxide and hydrogen sulfide. BMC Complement Altern Med. 2012;12:140. doi:10.1186/1472-6882-12-140

13. Wu W-K, Panyod S, Ho C-T, Kuo C-H, Wu M-S, Sheen L-Y. Dietary allicin reduces transformation of L-carnitine to TMAO through impact on gut microbiota. Published online 2015. Accessed June 18, 2020. https://pubag.nal.usda.gov/catalog/5441401

14. Hou L, Liu Y, Zhang Y. Garlic intake lowers fasting blood glucose: meta-analysis of randomized controlled trials. Asia Pac J Clin Nutr. 2015;24(4):575-582. doi:10.6133/apjcn.2015.24.4.15

15. Sivam GP. Protection against Helicobacter pylori and Other Bacterial Infections by Garlic. J Nutr. 2001;131(3):1106S-1108S. doi:10.1093/jn/131.3.1106S

16. Goncagul G, Ayaz E. Antimicrobial effect of garlic (Allium sativum). Recent Pat Antiinfect Drug Discov. 2010;5(1):91-93. doi:10.2174/157489110790112536

17. Kyung KH. Antimicrobial properties of allium species. Curr Opin Biotechnol. 2012;23(2):142-147. doi:10.1016/j.copbio.2011.08.004

18. Casella S, Leonardi M, Melai B, Fratini F, Pistelli L. The role of diallyl sulfides and dipropyl sulfides in the in vitro antimicrobial activity of the essential oil of garlic, Allium sativum L., and leek, Allium porrum L. Phytother Res. 2013;27(3):380-383. doi:10.1002/ptr.4725

19. Ledezma E, Apitz-Castro R. [Ajoene the main active compound of garlic (Allium sativum): a new antifungal agent]. Rev Iberoam Micol. 2006;23(2):75-80. doi:10.1016/s1130-1406(06)70017-1

20. Liu Q, Meng X, Li Y, Zhao C-N, Tang G-Y, Li H-B. Antibacterial and Antifungal Activities of Spices. Int J Mol Sci. 2017;18(6). doi:10.3390/ijms18061283

21. Ledezma E, Marcano K, Jorquera A, et al. Efficacy of ajoene in the treatment of tinea pedis: a double-blind and comparative study with terbinafine. J Am Acad Dermatol. 2000;43(5 Pt 1):829-832. doi:10.1067/mjd.2000.107243

22. Wills ED. Enzyme inhibition by allicin, the active principle of garlic. Biochem J. 1956;63(3):514-520.

23. Capasso A. Antioxidant action and therapeutic efficacy of Allium sativum L. Molecules. 2013;18(1):690-700. doi:10.3390/molecules18010690

24. Sparnins VL, Mott AW, Barany G, Wattenberg LW. Effects of allyl methyl trisulfide on glutathione S-transferase activity and BP-induced neoplasia in the mouse. Nutr Cancer. 1986;8(3):211-215. doi:10.1080/01635588609513895

25. Nishino H, Iwashima A, Itakura Y, Matsuura H, Fuwa T. Antitumor-promoting activity of garlic extracts. Oncology. 1989;46(4):277-280. doi:10.1159/000226731

26. Wattenberg LW, Sparnins VL, Barany G. Inhibition of N-nitrosodiethylamine carcinogenesis in mice by naturally occurring organosulfur compounds and monoterpenes. Cancer Res. 1989;49(10):2689-2692.

27. Amagase H, Milner J. Impact of various sources of garlic and their constituents on 7,12-dimethylbenz[a]anthracene binding to mammary cell DNA. Carcinogenesis. 1993;14:1627-1631.

28. Hsing AW, Chokkalingam AP, Gao Y-T, et al. Allium vegetables and risk of prostate cancer: a population-based study. J Natl Cancer Inst. 2002;94(21):1648-1651. doi:10.1093/jnci/94.21.1648

29. Majewski M. Allium sativum: facts and myths regarding human health. Rocz Panstw Zakl Hig. 2014;65(1):1-8.

30. Raghu R, Lu K-H, Sheen L-Y. Recent Research Progress on Garlic ( dà suàn) as a Potential Anticarcinogenic Agent Against Major Digestive Cancers. J Tradit Complement Med. 2012;2(3):192-201. doi:10.1016/s2225-4110(16)30099-2

31. Kim S-H, Bommareddy A, Singh SV. Garlic constituent diallyl trisulfide suppresses x-linked inhibitor of apoptosis protein in prostate cancer cells in culture and in vivo. Cancer Prev Res (Phila). 2011;4(6):897-906. doi:10.1158/1940-6207.CAPR-10-0323

32. Borkowska A, Knap N, Antosiewicz J. Diallyl trisulfide is more cytotoxic to prostate cancer cells PC-3 than to noncancerous epithelial cell line PNT1A: a possible role of p66Shc signaling axis. Nutr Cancer. 2013;65(5):711-717. doi:10.1080/01635581.2013.789115

33. You S, Nakanishi E, Kuwata H, et al. Inhibitory effects and molecular mechanisms of garlic organosulfur compounds on the production of inflammatory mediators. Mol Nutr Food Res. 2013;57(11):2049-2060. doi:10.1002/mnfr.201200843

34. Lang A, Lahav M, Sakhnini E, et al. Allicin inhibits spontaneous and TNF-alpha induced secretion of proinflammatory cytokines and chemokines from intestinal epithelial cells. Clin Nutr. 2004;23(5):1199-1208. doi:10.1016/j.clnu.2004.03.011

35. Balaha M, Kandeel S, Elwan W. Garlic oil inhibits dextran sodium sulfate-induced ulcerative colitis in rats. Life Sci. 2016;146:40-51. doi:10.1016/j.lfs.2016.01.012

36. Wu K, Guo C, Su M, Wu X. Ameliorative effectiveness of allicin on acetaminophen-induced acute liver damage in mice. Journal of functional foods. Published online 2015. Accessed June 18, 2020. https://agris.fao.org/agris-search/search.do?recordID=US201700166298

37. Wang Y, Guan M, Zhao X, Li X. Effects of garlic polysaccharide on alcoholic liver fibrosis and intestinal microflora in mice. Pharm Biol. 2018;56(1):325-332. doi:10.1080/13880209.2018.1479868

38. Chauhan NB. Effect of aged garlic extract on APP processing and tau phosphorylation in Alzheimer’s transgenic model Tg2576. J Ethnopharmacol. 2006;108(3):385-394. doi:10.1016/j.jep.2006.05.030

39. Rojas P, Serrano-García N, Medina-Campos ON, Pedraza-Chaverri J, Maldonado PD, Ruiz-Sánchez E. S-Allylcysteine, a garlic compound, protects against oxidative stress in 1-methyl-4-phenylpyridinium-induced parkinsonism in mice. J Nutr Biochem. 2011;22(10):937-944. doi:10.1016/j.jnutbio.2010.08.005

40. Lawson LD, Hughes BG. Characterization of the formation of allicin and other thiosulfinates from garlic. Planta Med. 1992;58(4):345-350. doi:10.1055/s-2006-961482

41. Lawson LD, Hunsaker SM. Allicin Bioavailability and Bioequivalence from Garlic Supplements and Garlic Foods. Nutrients. 2018;10(7). doi:10.3390/nu10070812

42. Lawson LD, Wang ZJ. Allicin and allicin-derived garlic compounds increase breath acetone through allyl methyl sulfide: use in measuring allicin bioavailability. J Agric Food Chem. 2005;53(6):1974-1983. doi:10.1021/jf048323s

43. Borrelli F, Capasso R, Izzo AA. Garlic (Allium sativum L.): adverse effects and drug interactions in humans. Mol Nutr Food Res. 2007;51(11):1386-1397. doi:10.1002/mnfr.200700072

Partagez cet article !

Facebook Twitter LinkedIn

Répondre

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *