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Que penser des pesticides bio et du biocontrôle ?

Posté le 6 Août, 2021 dans Articles Santé | 0 commentaires

Que penser des pesticides bio et du biocontrôle ?

Si l’agriculture biologique n’utilise pas de produits chimiques de synthèse, cela ne signifie pas qu’elle n’a pas recours à des substances actives. Alors, que faut-il penser des pesticides « bio » et de ce que l’on appelle le biocontrôle ? Voyons tout ceci.

La réglementation des pesticides bio

Contrairement à ce que l’on pourrait penser de prime abord, la réglementation de l’agriculture biologique autorise le recours à certains composés phytosanitaires. Environ 27 % des pesticides vendus en France sont utilisables en agriculture biologique, à l’image du phosphate aluminocalcique, du sulfate de magnésium, du chlorure de sodium ou encore du polysulfure de calcium. Selon la fédération internationale des mouvements d’agriculture biologique (IFOAM), ces composés peuvent être utilisés dès lors qu’ils ont « fait l’objet d’une autorisation d’utilisation dans la production biologique » et doivent provenir essentiellement de « substances naturelles ou substances dérivées de substances naturelles»1. Toutefois, dans certains cas qualifiés « d’exceptionnels », il peut s’agit d’intrants chimiques de synthèse2.

L’Europe a défini une liste de 77 substances autorisées, intitulée « Candidats à la substitution »3. En d’autres termes, ces composés sont autorisés tant qu’il n’existe pas de solutions alternatives validées par les autorités. On peut ainsi citer l’hydroxyde de calcium (ou chaux éteinte), l’huile de paraffine (issue du pétrole) et les fameux composés à base de cuivre.

La bouillie bordelaise

Les composés à base de cuivre (hydroxyde de cuivre, oxychlorure de cuivre, oxyde cuivreux, bouillie bordelaise et sulfate de cuivre tribasique) sont autorisés en bio, à hauteur de 6 kg par hectare et par an en moyenne pendant 5 ans, ou de 4 kg pendant 7 ans. Le cuivre est utilisé compte tenu de ses propriétés bactéricides et fongicides, notamment pour lutter contre le mildiou dans les vignes et la tavelure dans les pommiers. L’INRA précise pourtant bien que « Les formulations de produits à base de cuivre utilisées en agriculture sont toutes issues de la chimie minérale de synthèse. Leur autorisation d’emploi en agriculture biologique apparaît donc comme contraire aux principes fondateurs de ce mode d’agriculture. Elle résulte simplement du fait que l’usage ancien des préparations à base de cuivre (la bouille bordelaise date des années 1880) en faisait un élément de la pharmacopée phytosanitaire avant l’explosion, essentiellement après la seconde guerre mondiale, de l’usage de pesticides issus de la recherche chimique et pharmaceutique. Ce hiatus entre les principes fondateurs de l’agriculture biologique et la nature synthétique des préparations à base de cuivre est une des motivations fortes de certains producteurs et organismes certificateurs, en particulier ceux du mouvement biodynamique, pour en refuser l’emploi »4. L’ANSES précise quant à elle que la bouillie bordelaise représente « un risque inacceptable pour les organismes aquatiques ». Le cuivre s’accumule dans le sol, provoquant une inhibition de l’activité microbienne et une toxicité pour les végétaux. En excès, ce minéral exerce un effet pro-oxydatif majeur, y compris pour l’organisme humain5.

Pour ces raisons, certains pays comme le Danemark ou la Hollande, interdisent désormais les pesticides à base de cuivre. La commission Européenne a pourtant renouvelé son autorisation d’utilisation en décembre 2018 pour 7 ans, alors même qu’elle a mis en évidence que le cuivre représentait le principal pesticide utilisé sur 5 608 produits d’origine biologique étudiés (252 échantillons positifs dont 4 ont dépassé les valeurs maximales)6.

 

Les exemples autres que celui de la bouillie bordelaise ne manquent pas, à l’image du pyréthre, un mélange d’insecticides naturels issus des fleurs de chrysanthème, ou des hormones sexuelles de synthèse pouvant être utilisées pour lutter contre les pucerons dès lors qu’elles ne rentrent pas en contact avec les cultures.

Le spinosad est un insecticide reconnu comme très toxique pour les pollinisateurs, notamment les abeilles et les bourdons.

A la suite de l’interdiction de la roténone en 2011 (augmentant les risques de maladie de Parkinson), l’huile de neem issue des graines de margousier a été utilisée pour ses propriétés insecticides, notamment via un principe actif, l’azadirachtine. Or il s’agit également d’un perturbateur endocrinien avéré, d’ailleurs utilisé en Inde en tant que contraceptif. A ce jour, l’ANSES n’est pas parvenue à statuer sur sa toxicité potentielle dans le monde agricole mais, dans le doute, déconseille de l’épandre.

Les pesticides néonicotinoïdes sont à juste titre pointés du doigt par les associations de défense de l’environnement depuis de nombreuses années, notamment à cause de leurs effets dramatiques sur les abeilles. Autorisés en agriculture biologique, les tourteaux de ricin font partie des alternatives. Pourtant, la ricinine (le principe actif) est si puissante que quelques graines de ricin peuvent tuer un chien, à tel point que son usage est interdit dans certains pays comme la Belgique.

L’huile de thym est utilisée sur les amandiers de Californie alors que son principe actif, le thymol, est nocif pour les organismes aquatiques.

Certaines préparations artisanales réalisées par les agriculteurs, que l’on nomme les préparations naturelles non préoccupantes (PNNP), le sont peut-être plus que nous pourrions l’imaginer. Des décoctions d’armoise, de menthe, d’absinthe et de prèle peuvent par exemple augmenter la mortalité des abeilles après traitement de l’ordre de 10 %, qui plus est pour une efficacité finalement relative.

 

Le biocontrôle

Le principe de cette méthode est simple. Il consiste à utiliser des substances naturelles (comme le kaolin), des insectes (comme les mini-guêpes contre la pyrale du maïs) ou des micro-organismes (un virus peut tuer un insecte nuisible). Il peut s’agir de toxines naturelles ou de phéromones dites de « confusion sexuelle » perturbant la reproduction d’une famille d’insectes à un moment clé.

 

Ainsi, le nombre de composés disponibles pour l’agriculture biologique est certes bien moindre qu’en conventionnel. Toutefois, l’utilisation répétée de certains pesticides peut favoriser la résistance des agents pathogènes à ces derniers, sans compter sur le fait que les quantités à utiliser s’avèrent souvent plus importantes7. Quant au biocontrôle, celui-ci ne s’avère pas efficace contre toutes les infections, comme dans le cas de la cicadelle, une maladie de la vigne d’origine bactérienne. L’usage de certains insectes peut de plus perturber l’écosystème général, à l’image des coccinelles asiatiques utilisées historiquement contre les pucerons mais pouvant héberger un parasite tueur de leurs cousines européennes. L’orientation vers un modèle d’agriculture plus résilient comme la permaculture apparait donc comme une réponse plus cohérente (voir mon article Êtes-vous un colibri de la nutrition ?).

 

Anthony Berthou

 

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(1) Conseil de l’Union Européenne. Règlement (CE) 889/2008; 2008; Vol. 250.(2) Conseil de l’Union Européenne. Liste Des Composés Phytosanitaires Autorisés En Agriculture Biologique; 2007; Vol. 189.

(3) Commission Européenne. Approval of active substances https://ec.europa.eu/food/sites/food/files/plant/docs/pesticides_ppp_app-proc_cfs_report-201307.pdf (accessed 2019 -12 -13).

(4) INRA. Peut-on Se Passer Du Cuivre En Protection Des Cultures Biologiques ? January 2018.

(5) Joseph A. Cotruvo, J.; Aron, A. T.; Ramos-Torres, K. M.; Chang, C. J. Synthetic Fluorescent Probes for Studying Copper in Biological Systems. Chem. Soc. Rev. 2015, 44 (13), 4400–4414. https://doi.org/10.1039/C4CS00346B.

(6) EFSA. The 2017 European Union Report on Pesticide Residues in Food. EFSA Journal 2019, 17 (6), e05743. https://doi.org/10.2903/j.efsa.2019.5743.

(7) University of Guelph. Organic pesticides not always “greener” choice, study finds https://www.sciencedaily.com/releases/2010/06/100622175510.htm (accessed 2019 -12 -13).

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