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+ 23 % de ventes de pesticides en France en 2020

Posté le 6 Août, 2021 dans Articles Santé | 0 commentaires

+ 23 % de ventes de pesticides en France en 2020

 

Il y a quelques jours, en plein débat polémique sur la situation sanitaire, j’ai découvert ce chiffre passé sous les radars de la plupart des grands media Français. Déjà en 2018, j’avais pu lire que les ventes de pesticides en France avaient augmenté de 24 % par rapport à l’année précédente. Deux justifications avaient été apportées : les mauvaises conditions climatiques et l’anticipation de nouvelles taxes. Pour autant, après un recul logique en 2019, la croissance est repartie de plus belle alors que le débat environnemental est au cœur des enjeux à venir, y compris politiques. L’occasion de réaliser un petit état des lieux.

 

Que sont les pesticides ?

Composés phytosanitaires ou produits phytopharmaceutiques. Derrière ces termes diplomates se cache l’ensemble des pesticides utilisés par l’agriculture. Pour bien comprendre l’objectif de ces composés, il suffit de s’intéresser à l’étymologie du mot pesticide. Celui-ci provient de l’anglais pest- désignant les animaux, insectes ou plantes considérées comme « nuisibles » (par et pour l’homme) et du latin pestis, signifiant la maladie contagieuse associé au suffixe -cide (tuer). Tout y est dit. Après le feu et les armes, la prédation de l’homme passe désormais par sa maîtrise de l’agrochimie.

Ces composés peuvent être d’origine minérale (ex : le sulfate de cuivre) ou organique (ex : les carbamates), naturelle (ex. Bacillus thuringiensis) ou chimique (ex. : glyphosate). Leur liste est interminable : antigerminatifs, herbicides ou désherbants, fongicides, bactéricides, acaricides, insecticides, répulsifs, régulateurs de croissance, virucides, etc. En France, 309 substances étaient autorisées en 2012, 416 en Europe.

Vous l’aurez compris, derrière le monde de l’agrochimie se cache une économie considérable, en constante progression depuis 10 ans. Son chiffre d’affaires est passé de plus de 28 milliards d’euros en 2008 à près de 48 milliards d’euros en 2018. Les pays les plus gourmands en pesticides sont la Chine, les États-Unis, le Brésil et l’Argentine. La France arrive en 7ième position. En tête de la consommation Européenne pendant des années, elle a toutefois été récemment détrônée par l’Espagne. Si l’on considère cette fois-ci le classement en quantités de pesticides utilisés par hectare et non en valeur absolue, le Costa Rica (un pays fortement exportateur de fruits exotiques, notamment de bananes, de melon, d’ananas et de café), Israël, la Colombie et la Chine apparaissent comme les plus gros consommateurs. La France se retrouve alors en 34ième position. En considérant la Surface Agricole Utilisable (SAU), elle se situe légèrement au-dessus de la moyenne européenne, utilisant par exemple environ deux fois moins de quantités que la Belgique, les Pays-Bas (second pays mondial exportateur de produits agricoles) et l’Italie. La palme européenne revient à Malte.

En lançant un premier plan EcoPhyto en 2008, puis EcoPhyto II+ en 2018, la France s’est donnée pour objectif de réduire de 50 % l’usage de pesticides d’ici 2025. Qu’en est-il ? Selon le ministère de l’Agriculture, les ventes ont augmenté de 22 % au cours de la période 2016-2018 par rapport à la triennale 2009-2011. L’année 2018 a par exemple vu les ventes de substances actives croitre de 24 % dans l’Hexagone, notamment compte tenu des conditions climatiques difficiles et pour anticiper la majoration des taxes à partir de 2019. Les ventes ont en effet diminué de 44 % au cours de cette année. Pour autant, la croissance est repartie de plus belle en 2020 (+23%), en particulier concernant le glyphosate (+42%) là aussi pour anticiper de nouvelles mesures réglementaires.

De tels chiffres méritent néanmoins d’être nuancés selon plusieurs points. Premièrement, la quantité vendue peut ne pas refléter les volumes annuels déversés sur les terres, une partie pouvant en effet être stockée d’une année sur l’autre. D’autre part, l’évolution des ventes doit être corrélée à celle des surfaces agricoles réellement exploitées. Enfin, la toxicité peut fortement varier selon les substances actives utilisées, indépendamment de la quantité. Depuis 2007, le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation propose donc d’utiliser un référentiel spécifique, le NODU (Nombre de Doses Unités). Ce dernier correspond au nombre de traitements appliqués aux doses maximales homologuées sur une surface d’un hectare. Précisons qu’il ne reflète donc en rien la toxicité spécifique de la substance utilisée. En 2018 en France, un hectare de surface agricole utile recevait en moyenne plus de 6 traitements à la dose maximale autorisée. L’usage de ce référentiel ne change toutefois pas la tendance : en 10 ans (2008-2017), le NODU est passé de 76 millions à 94,2 millions… La conclusion est donc simple : la politique menée a été un véritable échec. Deux résultats méritent néanmoins d’être soulignés. Les ventes de produits phytosanitaires les plus toxiques ont fortement diminué, de même que le nombre de substances actives utilisées. Pour autant, les produits utilisés en agriculture biologique et ceux dits de biocontrôle ont augmenté de 20 % pendant la triennale 2018-2020 par rapport à la précédente (voir mon article Que penser des pesticides bio et du biocontrôle ?).

Il apparait donc difficile d’identifier des données chiffrées reflétant précisément l’évolution des effets globaux de l’usage des substances actives. Pour autant, la tendance est bel et bien là : le modèle agricole est loin d’être disposé à se séparer de ces composés malgré l’existence de méthodes alternatives vertueuses comme la permaculture.

 

Nombre de traitements pesticides par culture

Source : Solagro

La principale motivation de cette situation est évidente, à savoir économique. Les composés phytosanitaires permettent en effet de maximiser la productivité des terres, de diminuer la masse salariale, mais aussi d’augmenter la dépendance aux machines et à la chimie. Les monocultures, au-delà d’épuiser les sols et les ressources en eau, exigent en effet de grandes quantités d’engrais, d’herbicides et autres insecticides de synthèse. L’élevage intensif, reposant en partie sur la monoculture de maïs, constitue également un gros consommateur de ces composés. Ce à quoi s’ajoutent les activités de jardinage, la gestion des espaces verts, les métiers du bois, l’hygiène publique et la désinsectisation. L’enquête Pesti’home publiée par l’ANSES en octobre 2019 révélait par exemple que 75 % des personnes interrogées utilisent un pesticide au moins une fois dans l’année, essentiellement des répulsifs contre les insectes, 95 % en Guadeloupe1. La moitié des détenteurs de jardin utilise des herbicides et des fongicides au moins deux fois par an.

Le glyphosate, un os à ronger (ou l’arbre qui cache la forêt) ?

Découvert en 1950, le glyphosate a été utilisé en 1964 pour détartrer les chaudières et les canalisations d’eau. Dix ans plus tard, Monsanto le commercialise en tant qu’herbicide, sous le nom désormais bien connu de Roundup. En raison de son faible coût et de son efficacité ravageuse, les ventes explosent dès les années 1990. Une seconde étape importante dans l’histoire du Roundup a lieu en 1996. Monsanto développe alors des plantes transgéniques (OGM) capables de résister au pesticide pour permettre aux agriculteurs de pulvériser leurs champs sans avoir à cibler seulement les mauvaises herbes. C’est la sortie du Roundup Ready, véritable graal pour cette industrie. Les ventes s’envolent dans les pays autorisant les OGM, elles sont multipliées par 15 entre 1994 et 2014. Le Roundup tombe dans le domaine public au début des années 2000, permettant ainsi à plus de 40 sociétés de le commercialiser à travers 300 désherbants en 2017. A l’époque déjà, les scientifiques suspectaient pourtant fortement ce pesticide d’être responsable d’effets génotoxiques. Il fut pourtant homologué par les États membres de l’Union Européenne à l’unanimité, les tests de toxicologie étant non seulement réalisés par les industriels eux-mêmes, mais par ailleurs sur le glyphosate seul, sans les adjuvants utilisés (solvants, dispersants, émulateurs…), dont certains visent pourtant à renforcer la pénétration du produit dans la plante, à l’image du polyoxyéthylène (POEA). En 2009, la publication d’une étude Argentine mis en évidence la neurotoxicité du produit sur des embryons vertébrés. Il fut classé en 2011 comme perturbateur endocrinien par l’ANSES, puis cancérogène probable par le CIRC en 2015 sur la base de plus de 350 études scientifiques. Pourtant, ni l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), ni l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) ne suivront ces recommandations, la commercialisation du produit a donc été maintenue. De nombreuses ONG et experts scientifiques mettent en avant l’absence de considération de toutes les études par ces instances européennes, biaisant de fait les conclusions en faveur de Monsanto. En 2017 et contre toute attente au regard des données disponibles, l’Europe a renouvelé l’autorisation d’exploitation jusqu’en 2022. Petite lueur d’espoir toutefois, la Cour administrative d’appel de Lyon a confirmé l’annulation de la mise sur le marché du produit Roundup 360 Pro, estimant que Bayer ne respectait pas le principe de précaution.

Fait désormais bien connu, le glyphosate est au centre d’une guerre judiciaire et politique depuis des décennies. Mais pas le Roundup… Cette surmédiatisation du glyphosate représente-t-elle un moyen stratégique de détourner le véritable sujet des attentions ? Les chercheurs lancent l’alerte depuis 15 ans. Le POEA est par exemple estimé comme étant bien plus cytotoxique que le glyphosate. Cette toxicité a déjà été mise en évidence à faible dose chez les mollusques2. Dans une étude publiée en 2014, le célèbre mais controversé Gilles-Eric Séralini conclut que, sur 9 formulations de pesticides analysés, 8 se sont avérés plus toxiques que le composé principal mis en avant par la marque3. Le Roundup était le plus toxique d’entre eux. Les adjuvants ne sont jamais recherchés dans l’environnement alors qu’ils sont au cœur de la toxicologie des pesticides. Pire, leur nom est généralement précieusement conservé par l’agrochimie sous l’égide du fameux secret industriel.

 

Une population contaminée

Inutile d’être agriculteur pour s’exposer aux pesticides. L’ensemble de la population y est sujette lors de contact avec des milieux contaminés (sol, air extérieur et intérieur, poussières, surfaces, etc.), de la consommation d’eau ou d’aliments contenant des résidus. Cette exposition multiple (respiratoire, cutanée ou par ingestion) amène à un constat simple, mais inquiétant : qu’on le souhaite ou non, nous sommes tous quotidiennement exposés aux pesticides.

L’anciennement Institut National de Veille Sanitaire (InVS) a étudié l’imprégnation de la population française à certaines substances actives appartenant à trois familles d’insecticides : les composés organochlorés, organophosphorés et les pyréthrinoïdes. Les organochlorés (HCB, βHCH, αHCH, DDT, DDE) sont présents à l’état de traces dans la quasi-totalité des organismes des personnes participant à l’étude. Les dialkylphosphates, métabolites communs à de nombreux insecticides organophosphorés, ont été retrouvés dans plus de 90 % des échantillons d’urines, les métabolites de pyréthrinoïdes dans plus de 80 %4. La plupart des composés organochlorés ne sont plus utilisés en France et en Europe dans l’agriculture. Toutefois, la contamination peut se réaliser via la consommation de produits animaux à la suite de l’accumulation de ces molécules dans les graisses animales ou dans l’environnement de l’élevage. En Bretagne par exemple, une région à forte activité agricole, la cohorte Pélagie évalue le niveau d’imprégnation des femmes enceintes aux pesticides, mais aussi leur impact sur le fœtus et son développement. Les résultats indiquent leur présence dans la majorité des urines des femmes de la cohorte (44 molécules identifiées, dont l’artrazine interdite depuis 2003). Les 10 molécules les plus fréquemment retrouvées au sein de cette étude sont des métabolites d’insecticides organophosphorés. Selon l’étude Pesti’home, en Martinique, en Guadeloupe et à la Réunion, près d’un-quart des produits stockés chez les ménages étaient interdits à la vente.

 

Une eau contaminée

De manière malheureusement logique, les pesticides utilisés en agriculture migrent dans les eaux et dans les nappes phréatiques. Selon le Ministère de la transition écologique et solidaire, en 2014, 87 % des cours d’eau et 73 % des eaux souterraines analysés en France contenaient des pesticides. Sur 3 052 points contrôlés, 2 572 contenaient au moins un herbicide, 1 741 au moins un insecticide, 1 558 au moins un fongicide et 520 composés destinés à d’autres usages. Pire, plus de la moitié des cours d’eau et près du tiers des eaux souterraines dépassaient les taux permettant de considérer une eau comme potable. Même si la tendance est à la baisse, la situation n’est pas pour autant réjouissante. Les principaux composés présents dans les cours d’eau sont le glyphosate (ou son métabolite) et dans les nappes phréatiques, l’atrazine, bien que ce pesticide soit interdit depuis des années. C’est également le cas du DDT, interdit dans les épandages depuis les années 1970 mais toujours présent dans les eaux souterraines, ou du lindane très utilisé jusqu’à la fin des années 1990. Les produits de la dégradation de ces composés peuvent interagir avec d’autres pesticides ou avec les métaux lourds présents dans l’eau, voir avec des substances naturelles. Les interactions en résultant peuvent être plus toxiques que les molécules initiales, voire reformer le pesticide originel, comme dans le cas du DDT. Ce à quoi il faut bien sur ajouter d’autres pollutions hydriques. Rien de bien rassurant donc, même si les actions de prévention peuvent véritablement jouer un rôle. Selon UFC-Que-Choisir, l’analyse de 102 sources, menacées par les pollutions et ayant fait l’objet d’une politique de prévention à la suite du Grenelle de l’environnement en 2007, a montré une réduction des teneurs en pesticides et en nitrates dans 60 % des cas.

 

Pour aller plus loin, si vous souhaitez découvrir les conséquences de cette omniprésence de biocides sur la santé humaine (sans même parler de leurs effets dramatiques sur la biodiversité), je vous invite à découvrir mon article Quels sont les effets des pesticides sur la santé ?

Anthony Berthou

 

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(1) ANSES. Étude Pesti’home- Enquête Nationale Sur Les Utilisations Domestiques de Pesticides; Rapport d’étude; Anses: Maisons-Alfort, 2019.(2) Mottier, A.; Kientz-Bouchart, V.; Serpentini, A.; Lebel, J. M.; Jha, A. N.; Costil, K. Effects of Glyphosate-Based Herbicides on Embryo-Larval Development and Metamorphosis in the Pacific Oyster, Crassostrea Gigas. Aquat. Toxicol. 2013, 128–129, 67–78. https://doi.org/10.1016/j.aquatox.2012.12.002.

(3) Mesnage, R.; Defarge, N.; Spiroux de Vendômois, J.; Séralini, G.-E. Major Pesticides Are More Toxic to Human Cells than Their Declared Active Principles. Biomed Res Int 2014, 2014, 179691. https://doi.org/10.1155/2014/179691.

(4) SPF. Exposition de la population française aux substances chimiques de l’environnement. Tome 2 – Polychlorobiphényles (PCB-NDL). Pesticides https://www.santepubliquefrance.fr/determinants-de-sante/exposition-a-des-substances-chimiques/pesticides/exposition-de-la-population-francaise-aux-substances-chimiques-de-l-environnement.-tome-2-polychlorobiphenyles-pcb-ndl-.-pesticides (accessed 2021 -08 -06).

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